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Interview de Gérard Duchemann

Interview réalisé par Thomas Mayrand le 23/04/2014


Fort-Boyard.fr : Bonjour Gérard. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, vous avez été le chef cuisinier de fort-boyard durant 4 saisons, entre 1994 et 1997. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Gérard Duchemann : D’abord, une petite précision, c’est l’entreprise « Chaudevant Catering Services » dont j’étais le responsable qui a été engagée sur le Fort. Mes attributions étaient d’assurer le bon fonctionnement général de la restauration sur les tournages, de m’occuper des achats, de gérer tout mon personnel de cuisine et de service et accessoirement de faire la cuisine moi-même. Mais j’ai toujours employé un chef de cuisine qui ne faisait que cela.

F-B.fr : La plupart des personnes qui se sont retrouvées sur le fort, ont eu le droit à un passage par la « case » castings. On imagine qu’il n’en est pas de même pour devenir le cuisinier du fort. Comment êtes-vous devenu le cuisinier du jeu ?

G.D. : J’ai reçu un coup de fil de François Bureau, directeur de production de l’époque qui m’a dit avoir entendu parler de moi et me demandant si j’étais intéressé. J’ai bien sûr relevé le défi et je me suis rendu compte que c’en était un vrai lorsque mon interlocuteur m’a donné un cahier des charges assez précis... Puis, il est venu à La Rochelle et m’a emmené sur le Fort pour la première fois afin de mieux cerner les conditions de travail, visiter la cuisine, les salles à manger et finalement le Fort dans son entier.

F-B.fr : Quand vous êtes arrivé sur le fort en tant que cuisinier, l’émission était à l’aube de sa 5e saison. Regardiez-vous l’émission avant d’y participer ?

G.D. : Oui, ça m’arrivait. Le concept avait fait sensation et cet endroit gardait beaucoup de mystère même si je ne m’intéressais pas trop aux épreuves.

F-B.fr : Ainsi, au printemps 1994, vous avez posé les pieds pour la première fois sur le fort. Quels sentiments ressent-on à ce moment-là ?

G.D. : D’abord, c’était beaucoup plus loin de la côte que je ne pensais, la plateforme avec la grue pour nous hisser du bateau sur le Fort m’était totalement étrangère car on ne voyait pas cette partie à la télé, comme les coulisses d’un théâtre, puis en pénétrant dans la cour, j’ai trouvé l’espace très réduit en me demandant comment cet endroit pouvait accueillir 120 personnes.

F-B.fr : Quelle est la journée type du cuisinier du fort ?

G.D. : Départ au 1er bateau ou 1er Zodiac selon l’heure de la marée, la météo et divers paramètres qui nous étaient communiqués la veille au soir. En principe entre 6h30 et 8 heures du matin. Cet horaire m’empéchait bien sur de faire les courses avant. Arrivé sur le Fort, le premier travail consistait à mettre les machines à café en route et préparer plateaux de charcuterie, fromages, fruits, yaourts, bref, un vrai petit déjeuner copieux pour l’équipe technique qui venait déjà d’affronter la traversée et qui allait passer au moins 5 heures pleines à travailler avant le repas du midi. Je faisais les approvisionnements tous les deux ou trois jours, alors, il fallait ranger au plus vite toutes les courses qui encombraient la cour avant le début des tournages. On ne pouvait se permettre de faire prendre même le plus petit retard au planning général.
Puis, c’était la préparation du déjeuner pour 120 à 140 personnes, la mise en place de la salle à manger et le dressage des couverts par le personnel de service.
Tout le monde arrivait en même temps pour 1 heure de coupure déjeuner de la première bouchée à la dernière gorgée de café. Les hors d’œuvre étaient déjà servis, à nous d’envoyer la suite dans les temps : le cuisinier ou moi dressions les plats emmenés par 2 ou 3 serveurs sur une quinzaine de tables. Il ne fallait pas traîner.
Une fois tout le monde parti, débarrassage des tables, séquence lave-vaisselle et à nous de manger...en débriefant la journée. Puis, selon les menus, listing des prochaines courses. Lorsque la cuisine était nettoyée comme s’il ne s’était rien passé, un Zodiac nous ramenait à terre et pour moi, direction « Procomarché », libre service de gros pour les professionnels à La Rochelle où j’effectuais presque tous mes achats. Vers 18 h, retour à la maison : une belle journée de 12 h de travail non stop.

F-B.fr : Nous pouvons aisément imaginer que cuisiner au milieu de la mer peut s’avérer être contraignant. Sur le fort, deux cellules du rez-de-chaussée sont réservées aux cuisines, tandis que deux autres, au premier étage servent de cantine. Qu’est-ce qui est selon vous le plus difficile à gérer sur ce fort ?

G.D. : Ne rien oublier car ici, pas question de prendre la voiture pour aller au supermarché du coin chercher ce qu’il vous manque !
On devait aussi faire très attention dans nos allers et venues de la cuisine à la salle, de ne pas se retrouver en plein milieu d’une séquence avec une pile d’assiettes ou un plateau de verres ! Malgré le monitor TV branché dans la cuisine afin de surveiller en temps réel le tournage du jour pour éviter de se faire surprendre, ca arrivait quand même car les équipes, on le voit bien courent beaucoup et on est vite dans le champ des caméras, alors, arrêt de la scène et invectives au mégaphone par le réalisateur. Il était souhaitable de ne pas recommencer trop souvent...

F-B.fr : Pendant les offs, avez-vous eu l’occasion de tester une des fameuses épreuves du jeu ?

G.D. : On me l’a proposé mais je ne suis pas client pour ces tests physiques ou mentaux. En revanche, j’ai assisté comme je le raconte dans mon livre « Autant en emporte le ventre » aux essais des petites cages dans la grande cage aux tigres ; dans chaque petite cage, un joueur enfermé (épreuve de la Cage aux tigres NDLR). A priori, aucun risques mais nul n’avait pensé au félin qui saute sur une petite cage et se met à uriner sur le pauvre candidat testeur qui se trouve en dessous !

F-B.fr : En 1996 et 1997, vous avez donc participé activement aux tournages d’émissions nocturnes. Pour les téléspectateurs, ces émissions ont une saveur particulière. Quels souvenirs gardez-vous de ces tournages ?

G.D. : Plus compliqué et beaucoup plus de travail pour l’intendance car il y avait plusieurs coupures repas pendant la nuit. Difficile de s’habituer aux conditions nocturnes très différentes...

F-B.fr : A cette époque, le rythme moyen des tournages était d’une émission par jour. Quelle était l’ambiance en dehors des tournages ?

G.D. : Hormis les repas et les traversées en bateau, il n’y a aucun temps mort en dehors des tournages ou de leur préparation puisque tout le monde ne vient sur le Fort que pour çà. Donc, une ambiance de travail sans beaucoup de place pour la fantaisie et les échanges personnels.
Mais ceci est mon point de vue car je n’étais pas présent aux soirées dans les hôtels alentours où logeaient les équipes et certains techniciens parisiens...

F-B.fr : Pendant ces 4 ans passés sur le fort, vous nourrissiez chaque jour pas moins de 120 personnes. Avez-vous gardé des liens avec des membres de la production de l’émission ?

G.D. : Aucun, mais ce n’est pas particulier au Fort car dans les métiers du spectacle, c’est un brassage permanent de gens différents qui se retrouvent parfois sur d’autres productions et cela n’implique pas forcément un suivi relationnel durable. Néanmoins, j’ai sympathisé en 97 avec le photographe de plateau de l’équipe du Québec qui m’a invité à séjourner chez lui lors de ma visite à Montréal. J’ai répondu à son invitation, c’était fort chaleureux et nous avons passé de très bons moments. Je lui ai rendu la politesse l’année suivante et même si je ne travaillais plus sur le Fort, il est venu passer quelques soirées chez moi.

F-B.fr : Pouvez-vous nous dévoiler le style de repas que vous proposiez aux habitants du fort ?

G.D. : Il fallait privilégier les préparations maison avec des produits frais. Et comme la manutention des achats se faisait au vu de tout le monde, pas question de tricher. Au moins 3 hors d’œuvres et 3 plats au choix, (viande, poisson ou grillade) étaient proposés avec plusieurs légumes. Un plateau de fromages très complet, une pâtisserie maison et des fruits terminaient ce repas. Le vin, de bonne qualité était servi à volonté en quantité raisonnable et suffisante et le budget adapté pour assurer une bonne prestation.

F-B.fr : Avez-vous une anecdote à nous raconter sur les tournages du jeu ?

G.D. : J’avais pour habitude de jeter en pâture aux poissons en bas du petit escalier les restes de nourriture. C’était mieux que d’encombrer les poubelles et les plongeurs péchaient parfois des bars bien nourris qui fréquentaient beaucoup cet endroit. Un jour, j’y vais pour me débarrasser d’une grosse gamelle de sauce bolognaise. Au moment de tout jeter, mon instinct me retient et c’est à ce moment-là qu’arrive toute l’équipe de tournage pour une séquence sous marine à cet endroit. On imagine le temps perdu si j’avais continué mon geste...

F-B.fr : Avez-vous eu l’occasion de retourner sur le fort, depuis que vous avez arrêté d’y travailler ?

G.D. : Non, dès qu’on ne fait plus partie du personnel, il n’y a aucune raison valable pour retourner sur le Fort.

F-B.fr : Vous avez donc cessé de travailler sur Fort Boyard en 1997. Qu’êtes vous devenu depuis ?

G.D. : J’ai continué ce métier que j’avais commencé bien avant de le faire sur le Fort et les films, concerts, festivals où je m’occupais de l’intendance ont continué à s’enchainer jusqu’à l’arrêt définitif de mon entreprise fin 2008.

F-B.fr : Dans quelques mois, l’émission va fêter ses 25 ans d’existence. Continuez-vous à la regarder et si oui qu’en pensez-vous ?

G.D. : Il m’arrive d’y jeter un regard et je m’aperçois que les nouveaux moyens technologiques pour mettre le Fort et les épreuves en valeur se sont multipliées. Je trouve que la production a su dynamiser et faire évoluer le concept avec de nouvelles épreuves et de belles images. En tant que musicien, je regrette néanmoins qu’ils n’aient pas cherché à moderniser la bande-son de l’émission qui reste très rétro. A ce sujet, j’ai enregistré une chanson qui s’appelle Boyard Blues et qui dépoussière un peu tout çà avec un gros son et de belles guitares. Ça raconte ce que j’y ai vécu. Il y a quelques messages codés à l’intérieur, un peu comme ceux du Père Fouras !

F-B.fr : Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

G.D. : Justement, lorsque j’ai arrêté mon entreprise de restauration du Spectacle, j’ai repris illico mes activités musicales en berne depuis toutes ces années à nourrir techniciens et célébrités aux quatre coins de la France. J’ai aussi écrit un livre, une sorte de carnet de voyages au titre évocateur « Autant en emporte le ventre » qui raconte mon Fort Boyard, mes aventures avec Patrick Sébastien, Prince, les Chœurs de l’Armée Rouge, Patricia Kaas et bien d’autres. Conjointement à ce livre, j’ai enregistré avec d’excellents musiciens un album de 14 chansons qui reprennent les chapitres de ce livre dont Boyard Blues, un de mes projets étant de promouvoir cette belle histoire à travers un spectacle que je joue déjà sur scène.

F-B.fr : Pour finir cette interview, avez-vous un quelconque message à faire passer à nos lecteurs ?

G.D. : L’idée principale de ce livre de souvenirs parfois joyeux, parfois cruels, c’est qu’au départ, j’ai été embarqué à contre-courant dans ces aventures culinaires presque par hasard pour une courte période qui aura duré plus de vingt ans. Au final, la boucle est bouclée par un livre disque que je réalise et qui raconte précisément cette histoire du petit gars qui voulait s’asseoir au salon des musiciens et qui s’est trompé de porte en passant par les cuisines... Alors forcément, ça a pris un peu plus de temps !

Pour illustrer cela d’une façon élargie, j’aime beaucoup cette phrase d’Henri Michaud : Ne désespérez jamais, faites infuser davantage !

 

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Informations

Gérard Duchemann ou GG Duchemann (son nom de scène), contribua à la formation du groupe de rock progressif Ripaille dans les années 70. Le destin fît que ce dernier se retrouva derrière les fourneaux et monta son entreprise de restauration du spectacle lui permettant notamment d’œuvrer sur le fort pendant 4 ans.

Ce dernier a gentiment accepté de répondre aux questions que nous lui avons concocté afin de pouvoir réaliser le dessein de son aventure boyardesque.

Vous pouvez retrouver toute l’actualité de Gérard Duchemann sur son site officiel : www.gerardduchemann.com

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