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Interview de Denis Lebon

Interview réalisé par Charlotte David le 31/01/2015


Fort-Boyard.fr : Bonjour Denis, merci d’avoir répondu à notre invitation ! Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos internautes ?

Denis Lebon : Bonjour, eh bien je m'appelle Denis Lebon, j'habite dans le nord de la France entre Lille et Dunkerque et je suis passionné par la nature et les animaux depuis tout petit. Mon cursus professionnel m'a amené à devenir l'animalier de l'émission Fort Boyard depuis 2008. Mes études ne me prédestinaient pas à emprunter cette voie car étant également passionné par les métiers artistiques je suis parti sur une formation de Graphiste Décorateur. A mes 18 ans, une fois mon diplôme en poche, je me suis rendu compte que la publicité et l'infographie n'étaient pas ma vocation et je me suis rapproché de ma passion d'enfance, les animaux. Enchainant les petits boulots, j'ai obtenu un poste en aquariophilie dans une Animalerie du 95. Elevant à titre amateur des serpents et lézards à mon domicile, je décide alors de reprendre les études dans le but de passer un BAC Pro animalerie et ouvrir ma propre enseigne. J'avais dans l'optique de passer mon certificat de capacité pour les animaux d'espèces non domestiques et j'ai ainsi suivi de nombreuses formations et stages. J'obtiens alors mon BAC avec à mon actif des stages dans le centre d'élevage d'une célèbre animalerie parisienne spécialisée en reptiles, arthropodes et amphibiens : La Ferme Tropicale. Suite à ces stages, je suis alors contacté par un responsable de la Ferme Tropicale qui me propose un poste dans la fameuse animalerie parisienne... C'est là que la grande aventure commence pour moi car je deviens rapidement responsable du nourrissage des animaux et je commence à participer à différentes prestations audio-visuelles pour lesquelles La Ferme Tropicale est mobilisée...

F-B.fr : Comment avez-vous réussi à intégrer l’aventure Fort Boyard ? Par le biais d’une sélection sur dossier ?

D. L. : Ma première participation à l'aventure de Fort Boyard m'a été confiée comme "récompense" du travail que j'effectuais à La Ferme Tropicale. En effet les responsables étaient contents de mon investissement dans la société et m'ont donc proposé de venir aider, le temps d'une journée, au transport et à l'installation des animaux sur le fort pour le lancement de la saison. Je suis donc parti en Charentes maritimes avec Ludo, le précédent animalier du Fort, pour le grand voyage des animaux de Paris à Fort Boyard :-)

F-B.fr : Vous n’échapperez pas à une question qui est quasi systématique pour toute personne travaillant sur le fort et importante à nos yeux : Quelle a été votre impression lorsque vous avez débarqué pour la première fois sur le fort ?

D. L. : Lorsque j'ai mis le pied sur la première pierre du Fort mon cœur battait la chamade! Mes souvenirs d'enfance remontaient en trombe pour me rappeler que je ne ratais pas un épisode et que le samedi soir était LE soir Fort Boyard :-) . Je pense que j'étais dans le même état d'esprit qu'un enfant qui découvre ses cadeaux de noël au pied du sapin! Puis en avançant dans cette antre de pierre isolée au beau milieu de la mer, je me suis surpris à penser que ce n'était pas si grand que je l'imaginais. Je me suis petit à petit rendu compte que la magie de la télévision permet de faire beaucoup de choses :-) . Le Fort paraissait si immense à la tv ! Cela ne m'a pas empêché de me perdre de nombreuses fois et d'avoir recours au petit plan plié au fond de ma poche pour retrouver les cellules dans lesquelles je devais me rendre :-) . Même encore aujourd'hui j'avoue qu'il m'arrive parfois de me tromper d'étage ou de cellule.

F-B.fr : Si vous deviez chiffrer le nombre d’animaux que vous avez en charge sur le fort, ce chiffre s’élèverait à combien ?

D. L. : Alors le nombre d'animaux change chaque année mais grosso modo il y a une bonne centaine de serpents de toutes tailles, une cinquantaine de mygales et autant de scorpions. Environ une centaine de rats et souris occupent également l'animalerie. Il y à aussi une trentaine de grenouilles et crapauds, au moins 200 blattes et autant de criquets ainsi que près de 50 litres de larves de mouches et 5kg de vers qui sont utilisés à chaque saison ! Il arrive qu'un Iguane ou autre lézard vienne aussi se joindre à l'aventure. Il m'est arrivé d'avoir des scolopendres (mille patte géant), des carpes, etc... Bref, tout cela fait un pas mal de monde à nourrir, changer, et nettoyer hors jours de tournage.

F-B.fr : On sait que sur le fort, une cellule est dédiée à l’animalerie. Comment est organisée cette cellule ?

D.L. : En effet la cellule animalerie est située tout au bout du fort, derrière la salle du trésor. Il y a un couloir entre les cages des tigres et l'animalerie. Il s'agit d'une pièce fermée à clé et sécurisée dans laquelle règne une ambiance tropicale dont la température avoisine en permanence les 28 degrés. Seuls les rongeurs sont placés dans des cages à l'extérieur de l'animalerie car ils n'apprécient pas une telle température et humidité. De plus, maintenir des rongeurs dans la même pièce que des serpents, c’est risqué d'obtenir un comportement agressif de la part de ces reptiles qui seront fortement intéressés par l'odeur de leur encas préféré. Dans cette pièce sont disposés de nombreux terrariums chauffés indépendamment les uns des autres pour apporter la température adaptée aux différents pensionnaires. Chaque espèce à des besoins spécifiques et je les place donc dans des conditions leur permettant la meilleure maintenance possible. Les larves de mouches sont maintenues dans un réfrigérateur, ce qui ralentit leur développement et permet de pouvoir gérer plus facilement l'éclosion pour leur utilisation dans la cellule de la Tête chercheuse et de la Cabine abandonnée. Des caisses spécifiques servent à maintenir les insectes (grillons) qui servent de nourriture aux animaux insectivores et un congélateur renferme la nourriture pour les serpents.

F-B.fr : On se doute aisément que la logistique sur le fort est impressionnante. Est-ce que des ajustements ont été mis en place pour la gestion des animaux dans le fort (situé en plein milieu de la mer) qui sont éloignés de leur environnement naturel ?

D. L. : Comme décrit précédemment, l'animalerie possède toutes les installations nécessaires à la maintenance de ces animaux pour leur éviter un stress inutile. Les reptiles sont des animaux qui, comme les poissons, se portent très bien lorsque les paramètres environnementaux sont adaptés à leurs besoins. Des lampes chauffantes adaptées, des substrats et une hygrométrie contrôlée permettent ainsi de leur apporter les conditions qui leur conviennent lorsqu'ils sont en terrarium. Le plus compliqué est la gestion des abreuvoirs car le fort est équipé d'un osmoseur géant qui transforme l'eau de mer en eau douce jusqu'aux arrivées d'eau (une plonge pour l'animalerie). Malheureusement cette eau douce n'est pas potable et il n'est donc pas possible de la donner aux animaux pour qu'ils la boivent. De l'eau en bouteille est donc livrée régulièrement par palettes pour l'équipe du fort... et les animaux! Une utilisation quotidienne de 15 litres d'eau potable environ est utile rien pour les animaux. A cela s'ajoute la consommation d'eau osmosée servant à l'entretien des boites et terrariums. Le plus fastidieux est l'arrivée et le départ des animaux par bateau sur le fort jusqu'a l'animalerie.

F-B.fr : La quantité de nourriture apportée quotidiennement aux animaux doit être impressionnante ! Là encore, réussiriez vous à chiffrer ?

D. L. : Les serpents sont des animaux qui ne mangent qu'une fois par semaine à une fois tous les 15 jours pour les plus gros. La consommation n'est donc pas si impressionnante que cela (par rapport au centre d'élevage de la ferme tropicale par exemple). La consommation d'insectes est par contre plus importante car les grenouilles, scorpions et mygales mangent plus fréquemment et leur alimentation nécessite environ 1000 grillons par semaine.

F-B.fr : Quelle est la journée type d’un animalier sur le fort ?

D. L. : Alors commençons par l'embarcation sur le bateau vers 7h30 qui se fait avec une bonne moitié de l'équipe. J'embarque sur le premier bateau car je dois avoir le temps de m'occuper des animaux avant que les tournages de ne commencent. En arrivant sur le fort je commence par passer faire mes réserves d'eau potable avant d'arriver à l'animalerie. Je passe également par les bureaux de production pour récupérer la feuille de service de la journée qui me donne l'ordre précis des épreuves qui auront lieu dans l'émission qui va se tourner. Cela m'aide à savoir comment m'organiser pour la préparation des animaux. Une fois arrivé à l'animalerie je commence par changer toutes les cages des rats et souris. Ces cages doivent être changées quotidiennement tout comme le plein d'eau et de nourriture. Ensuite, je passe au changement des gamelles d'eau de tous les terrariums et le nettoyage grossier des substrats souillés. Je profite de ce tour pour vérifier que tout le monde va bien et, si nécessaire, je vérifie que tout le monde ai bien mangé. Le substrat des reptiles est changé en moyenne une fois par semaine. Cela prend du temps, alors je m'en occupe en général lorsque je viens sur le fort les jours OFF. Une fois l'entretien effectué, je commence à préparer les animaux qui vont devoir être utilisés dans les épreuves du matin. Je vais vérifier les cellules concernées pour mettre en route les systèmes de chauffages car les cellules accueillant des reptiles sont équipées de chauffages pour éviter aux animaux d'attraper froid... Et oui, les serpents exposés à des chocs thermiques ou des températures trop basses peuvent attraper, entre autres, des infections respiratoires. Je prépare ensuite les petits papiers sur lesquels sont inscrits les indices dont les numéros me sont fournis par la production. Je place alors minutieusement ces indices (ou les leurres) sous les mygales ou les serpents en faisant attention de toujours les manipuler avec précaution. Les animaux sont déplacés dans des caisses isothermes jusqu'a leurs cellules respectives et ne sont placés à leur place définitive dans l'épreuve que quelques minutes avant que le candidat n'entre. Cela permet ainsi de les déranger le moins longtemps possible. Je reste toujours présent, prêt à intervenir, juste derrière les caméramans pour veiller a ce que les candidats restent corrects avec les animaux malgré la peur dont il sont confrontés et je n'hésite pas hausser le ton si leurs gestes sont trop brusques (ma voix est coupée au montage évidement). Une fois l'épreuve jouée, tous les animaux sont retirés et ramenés à l'animalerie et je cours vers l'épreuve suivante :-) . Je suis également en charge d'aller confier son serpent à Blanche et à veiller que tout se passe bien durant les tournages où elle le manipule. L'après midi se déroule à peu près de la même manière.

F-B.fr : Quel animal est selon vous le plus difficile à maîtriser ?

D. L. : Le scolopendre! sans aucun doute! C'est un animal très vif et rapide et dont la morsure peut être très douloureuse. Les scolopendres sont souvent utilisés pour les stock-shot (plans d'incrustation), il n'y a donc aucun contact avec les candidats mais je dois bien avouer que ces milles pattes m'ont parfois donnés quelques sueurs froides lors des manipulations. La gestion des carpes ou autres espèces aquatiques est également assez délicate notamment pour les déplacements entre leur bac de maintenance et leur cellule de jeu (le Père Fouras Show en 2014). Je ne cache pas non qu'il est très sportif de transporter au deuxième étage du fort les deux gros pythons molure de 45 kilos chacun pour les placer dans la Cellule qui rétrécit. Le pire c'est quand la cellule est jouée plusieurs fois dans la même journée et qu'il faut donc répéter les allers-retours... Ca fait travailler le dos et les cuisses :-)

F-B.fr : Avez-vous une anecdote à nous mettre sous la dent ?

D. L. : Je me souviens de l'émission où Teddy Riner était invité à faire la Cabine abandonnée :-) Dans cette épreuve je suis caché avec blattes et serpents dans un faux plafond au dessus du candidat. Je me souviens de la première salve de blattes que j'ai déversé sur le crane de l'imposant Teddy et qu'il s'est mis a hurler et à frapper dans les parois du décors dans un énervement significatif... Le pire est que je recevais l'ordre de continuer à déverser des blattes sur ce candidat imposant et énervé! J'entendais la production morte de rire dans mon oreillette qui me disait "top blattes! encore top blattes!" Je voyais le regard noir et terrifié du champion essayant d'apercevoir le visage de celui qu'il allait étriper au travers des trous par lesquels je déversais les cancrelats. J'essayais de me reculer pour ne pas qu'il voit le visage de son tortionnaire :-) . On en a rigolé après lorsque je suis venu discuter avec lui après l'émission mais sur le moment, même du haut de mon mètre quatre vingt cinq et mes 90 kg, je ne faisais pas le fier ;-)

F-B.fr : Avez-vous la possibilité de soumettre à la production des idées d’épreuves avec des animaux ?

D.L. : Oui, je suis régulièrement consulté pour savoir si telle ou telle chose est envisageable pour une épreuve ou un plan particulier. Je suis responsable des animaux et même si parfois l'imagination des réalisateurs donne parfois de merveilleuses idées sur le papier, cela n'est pas forcement faisable avec les animaux dans la réalité. Que ce soit pour une question de sécurité pour les animaux ou pour les candidats, il est parfois nécessaire que je dise non à une idée. Sinon, je propose souvent l'utilisation d'animaux en tant que "figuration" dans certaines cellules qui n'en contienne normalement pas (des rats dans des étagères, un serpent sur une rambarde, etc...) et ce, pour le plus grand plaisir des cadreurs et de la production :-)

F-B.fr : Aimeriez-vous que le fort se dote d’autres animaux tels que des crabes par exemple, comme ce fût le cas avec l’épreuve de la Cage Télescopique ?

D. L. : Etant fan des crocodiliens, je serais ravi d'avoir à m'occuper de ces animaux sur le fort même si j'avoue que je vois mal dans quelle type d'épreuve ils pourraient servir. Peut être pour de la figuration ou des stock shot...

F-B.fr : Vous connaissez les animaux, mais une question nous taraude. Avez-vous tout de même une phobie ?

D. L. : Oui, les Taons ! lol en effet je déteste les taons. Etant enfant j'ai été piqué de nombreuses fois dans la même journée par ces vilaines bestioles et j'ai longtemps confondu jusqu'à l'adolescence les taons avec les mouches au grand détriment de mes parents :-)

F-B.fr : Avez-vous déjà testé quelques épreuves sur le fort ?

D. L. : Oui :-) les cellules qui ne nécessitent pas une grosse pré-mise en place sont souvent testées pendant les heures de repas le midi. J'ai ainsi eu la possibilité de tester quelques épreuves comme les Cylindres, le Manolier, les Baguettes, etc... Sans parler évidement des épreuves avec les animaux, pour lesquelles je passe bien + de temps enfermé dans les cellules que les candidats ;-)

F-B.fr : Un candidat a-t-il réussi à vous surprendre de par sa maîtrise des animaux ?

D. L. : Les réactions des candidats sont assez aléatoires. Ca peut aller des hurlement stridents sans aucun contact avec les bêtes, jusqu'au candidat qui oublie que ce sont des êtres vivants et qui se prend pour un gros dur en étant parfois un peu brusque avec les animaux (d'où mon intervention verbale parfois nécessaire pour les rassurer et les calmer). Heureusement, j'ai aussi souvent à faire à des candidats très respectueux de la faune et dont la manipulation est exemplaire. Je cite par exemple, Gérard Vives qui à fait preuve d'une très grande patience et d'un très grand respect lors d'une épreuve d'apnée avec des serpents (dans l'Entraînement sous-marin ndlr).

F-B.fr : En dehors du fort, quelles activités professionnelles exercez-vous ?

D. L. : J'ai longtemps continué à travailler en animalerie le reste de l'année, mais j'ai récemment décidé de me consacrer à une autre passion qui est la restauration japonaise. J'ai toujours adoré la culture et la gastronomie japonaise et suis actuellement en train de travailler sur l'ouverture de mon propre Sushi Bar qui ouvrira ses portes le 16 Février 2015 sous l'enseigne "SUSHIDEN" dans la ville de Hazebrouck (59). Cela ne m'empêchera pas de continuer à vivre l'aventure Fort Boyard en parallèle de mon activité de restaurateur/sushi man :-)

F-B.fr : Pour achever cet interview, avez-vous un petit message à transmettre à nos internautes ?

D. L. : J'espère qu'ils regarderont les épreuves avec des animaux d'un œil un peu diffèrent et qu'ils verront ces "terrifiantes" bestioles avec une approche moins craintive. Je précise que je ne suis ni un extra terrestre, ni un troll sadique sorti tout droit de la forêt avec des blattes et des mygales en permanence dans les poches :-) . Je suis tout d'abord un passionné de la nature et Fort Boyard me permet également de partager ma passion avec les nombreuses personnes de l'équipe technique ainsi que certains candidats. C'est un véritable plaisir de travailler sur le Fort et même si chaque saison est très éprouvante, j'en ressors chaque fois riche de nouveau souvenir et expériences... Et surtout, rendez vous sur France 2 chaque samedi soir cet été :-)

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Prenez des candidats, ajoutez des personnages et un animateur et vous obtiendrez une émission de Fort Boyard. Toutefois, si vous retirez un Homme opérant dans l’ombre, votre émission ne verra pas le jour.

Sur le fort, plus d’une centaine de femmes et d’hommes opèrent dans l’ombre afin de permettre, depuis plus de 25 saisons aux téléspectateurs de se régaler devant un jeu estival réunissant toutes les générations. Denis Lebon fait parti de ces hommes et de ces femmes.

Son nom ne vous dit peut être rien mais pourtant, il a un rôle primordial puisqu’il est animalier sur le fort et ce, depuis 2008. Ce dernier a gentiment accepté de répondre à nos questions et vous propose ainsi de découvrir quelques facettes de son métier qu’il exerce avec passion.

© Photo SCARELLA Gilles / FTV

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