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Interview de Anne Dörr

Interview réalisé par Thomas Mayrand le 18/12/2013


Fort-Boyard.fr : Bonjour Anne. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, vous avez été réalisatrice de Fort Boyard de 1997 à 2002. En tout, vous avez donc réalisé pas moins de 48 émissions. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Anne Dörr : De très bons souvenirs, très variés. S’il y a en un qui ressort le plus, c’est celui d’une immense performance technique, une joie de travailler avec les techniciens, j’ai aimé l’esprit d’équipe avec eux. Le fort est à part. Pendant plusieurs jours nous sommes dans un endroit fermé même si le soir on revenait sur la terre ferme. Il y avait une complicité qui existe entre les uns et les autres. Pour moi, c’est un point très important. J’ai eu des assistants en or, Eric Finand en tête.

F-B.fr : Comment êtes-vous devenue réalisatrice de Fort Boyard ?

A.D. : Je le dois à plusieurs personnes. A Dominique Ambiel qui dirigeait Expand et pour qui je faisais « Fa Si La chanter » et d’autres jeux, et à Marie-France Brière (directrice des divertissements de France 2 ndlr). Je travaillais déjà avec elle quand j’étais stagiaire, puis scripte, elle a suivi ma carrière et m’a proposé de le faire. Je lui dois beaucoup. C’était une femme formidable.

F-B.fr : Regardiez-vous l’émission avant d’en devenir la réalisatrice ?

A.D. : Oui bien sûr, je trouvais cette émission magique et j’ai failli la faire quand j’étais scripte en 1991 quand Dominique Masson la réalisait. Mais mes filles étaient trop petites pour que je parte si longtemps. Ma dernière avait juste un an.

F-B.fr : Ainsi, en 1997, vous avez posé les pieds pour la première fois sur le fort. Quels sentiments ressent-on à ce moment-là ?

A.D. : Très spécial. C’est une aventure unique même pour un visiteur. Déjà on arrive en bateau, pour monter sur le fort, on est hélitreuillé par un panier… et dedans tout est plus petit qu’en réalité mais surtout il ressort une atmosphère qui tient à l’histoire du fort. C’est difficile à croire mais on ressent que ce fort a une histoire forte, qui lui appartient... c’était une prison avant.

F-B.fr : Nous pouvons aisément imaginer que les conditions de tournages sur le fort sont très différentes de celles connues en studio. Qu’est-ce qui est selon vous le plus difficile à gérer sur ce fort ?

A.D. : On pourrait croire que ce sont les intempéries de la météo, ça en fait parti, mais pour moi, c’est le fait qu’il y ait une double réalisation, difficile à expliquer.
Il y avait à l’époque 2 groupes de caméras. 12 caméras pour 8 moniteurs si je me souviens bien. Donc, je disais, que les caméras étaient en 2 groupes, pendant que les caméras qu’on appelle 1 2 3 4 5 tournaient, les 6 7 8 9 10 se préparaient. On n’avait pas de retour de leur des images, et à un moment clé , les moniteurs de contrôle passaient sur l’autre groupe de caméras et on découvrait les images. Pour essayer d’être plus claire, sur le moniteur de la caméra 1, il devenait ensuite à un top, celui de la 6, sur celui de la 2, la cam 7. C’était une vraie performance technique surtout moi qui n’aime pas appeler les cadreurs par leur numéro. C’était un peu perturbant pour moi. Un défi ! Mais ça a été !
Sinon, bien sûr, il y a les intempéries et l’ambiance en vase clos. Personnellement, j’ai toujours aimé travailler avec des défis. Celui des intempéries est très intéressant. Il demande une grande adaptation. Et puis une fois, on était bloqués dans le fort à cause d’une tempête et quand ça c’est un peu calmé on est rentrés en hélico. C’était magnifique !

F-B.fr : Le fort, c’est une soixantaine d’épreuves différentes et une dizaine de caméras. Quelles sont pour vous les épreuves les plus difficiles à mettre en image ?

A.D. : Les aventures qui demandent une grande sécurité qui vont dans la mer , dans les souterrains ou avec des caméras infra rouges. Le défi est de montrer au mieux l’épreuve, son but, mais aussi ce que ressent le candidat comme émotion, vertige, peur, rencontre avec les animaux etc…
Il y a eu des cellules dont les idées étaient excellentes mais qui n’ont pas marché en rendu caméras.

F-B.fr : Vous avez réalisé des émissions nocturnes en 1997. Quel souvenir gardez-vous de ces émissions si particulières ?

A.D. : La magie des lumières. Je suis comme une enfant, j’aime les mises en lumière des lieux.
Les équipes de Tom Irtum ont fait un boulot incroyable on croyait que tout était éclairé par les torches. C’était merveilleux d’être là, comme un soir de Noël, c’était beau et très spécial. Je n’ai jamais ressenti la fatigue de la nuit. Mais j’étais jeune à ce moment.

F-B.fr : Vous avez travaillé sur l’émission durant 6 saisons, vous avez donc croisé trois animateurs (Patrice Laffont, Cendrine Dominguez et Jean-Pierre Castaldi). Quel animateur fût le plus facile à diriger ?

A.D. : Ils sont tous très différents et ont leurs qualités. J’ai adoré la complicité que j’avais avec Patrice Laffont, qui a un sens de l’humour auquel j’adhère. J’aime son côté râleur que j’aime contester. On se comprend bien. On a beaucoup de plaisir à se revoir et on rigole encore de ce qu’on avait vécu.
Jean Pierre était quelqu’un qui s’est beaucoup donné aussi. Il m’a beaucoup touché. C’est un comédien, et un bon comédien. C’était pas facile pour lui d’être en direct. Je reste admirative du travail qu’il a fourni.
Et puis, vous avez oublié une personne avec qui le réalisateur travaille beaucoup, c’est bien sûr le Père Fouras. C’est bien lui qui crée les épreuves assisté bien sûr d'une équipe. C’était très agréable de travailler avec lui. C’est un homme d’une grande sensibilité.
Quant à Passe-Partout, il a été d’une aide incroyable, toujours avec le sourire. Je lui donnais le conducteur et jamais il ne s’est trompé sur le chemin à prendre. Ce que le téléspectateur ne sait pas, c’est que pour aller à une cellule, on ne prend pas le chemin le plus direct, on prend celui qui évite l’équipe technique en train de se préparer.

F-B.fr : Quelle était l’ambiance en dehors des tournages ?

A.D. : L'ambiance en dehors des tournages est souvent bonne. On travaille beaucoup donc on n'a pas le temps de faire autre chose mais les techniciens se retrouvent beaucoup entre eux, c'est l'époque des couchers de soleil sur la plage, les barbecues etc... oui, il y a une bonne ambiance.

F-B.fr : Avez-vous gardé des liens avec des membres de la production de l’émission ?

A.D. : Oui avec les techniciens surtout. Mais j’ai de grands souvenirs des candidats aussi, des petits mots qu’ils m’ont laissés le lendemain quand ils repartaient alors que nous, nous continuions avec d’autres. J’ai gardé spécialement le petit mot de Jocelyn Quivrin et j’ai été très affectée quand il a disparu (mais pas de mes pensées).

F-B.fr : Durant cette période passée sur le fort, avez-vous testé une (ou plusieurs) épreuve en dehors des tournages ?

A.D. : Oui quelques unes ! Le souvenir le plus fort est que je déteste les souris et les rats et j’ai fait les épreuves avec les animaux pour montrer aux cadreurs ce que je voulais. Et bizarrement, à ce moment là, je n’avais pas peur, comme un rôle que moi même je jouais, j’étais la réalisatrice, pas Anne qui a peur.
Sinon, je suis assez kamikaze et parfois sur des aventures dangereuses, sans les essayer, je prenais des risques pour caler les plans de caméras, ce qui m’a valu d’être retenue par les cadreurs ou mon assistant qui veillait vraiment à moi. Dans l’objectif de la caméra, on ne se rend plus compte des risques et des dangers de sécurité.

F-B.fr : La saison 2002 n’a pas été un franc succès en particulier au niveau des audiences. Pourtant, plusieurs nouveautés ont fait leur apparition comme notamment le droit d’entrer ou encore la Machine infernale. Selon vous, pourquoi cette saison n’a pas marché ?

A.D. : Très franchement, je ne sais pas tout expliquer... Tout d’abord la télé demande du temps parfois pour certains changement, du temps et de l’ajustement. Il manquait peut-être aussi une notion d’aventure et de risque qui n'étaient pas assez fort, une dramaturgie dans ce sens qui a manqué au profil de l’humour et des scénettes trop longues. Fort Boyard est synonyme de danger et d’aventure, non pas de poésie ou d’humour comme on avait essayé. Les mystères de la télé sont difficiles. Si on savait les connaître, toutes les émissions seraient des succès ! Mais je reste persuadée que le temps aide à bien caler les choses.

F-B.fr : Avez-vous une anecdote à nous dévoiler sur les tournages ?

A.D. : Beaucoup restent secrètes, ça fait parti de la cuisine de Fort Boyard. Mais, en voici une que je pense pouvoir dévoiler : savez-vous que dans une autre vie, le Père Fouras était un grand danseur classique ? Un premier danseur si je ne me trompe pas et du coup, parfois quand on attendait pour des problèmes techniques, on avait le droit à des pas de danse du Père Fouras. Je sais qu’il existe des images du Père Fouras en train de danser (danse classique bien sûr, avec des levées de jambes incroyables qui faisait soulever sa toge, ses vieilles pantoufles et sa longue chevelure) dans les rushs d’une émission de nuit... c’est magnifique !

F-B.fr : Pourquoi avez-vous cessé de réaliser l’émission après 2002 ?

A.D. : C’est la vie de la télé. Vous parliez de notre échec de 2002, alors on change des personnes de l’équipe. Ils ont changé cette année là le réalisateur, les animateurs et le producteur. Voilà tout simplement.
Mais sincèrement, j’en ai souffert. De plus j’avais certaines idées pour les habillages comme mettre du son (sound design/musique) sur les cellules.

F-B.fr : Avez-vous eu l’occasion depuis de retourner sur le fort ?

A.D. : Non...

F-B.fr : : Mais continuez-vous de regarder l’émission ?

A.D. : J’ai continué pendant plusieurs années. Il y avait des idées que j’avais amenées qui ont été mises en place. Et puis, ce n’est pas une aventure qu’on arrête comme ça !

F-B.fr : Vous avez donc cessé de réaliser l’émission en 2002. Qu’êtes vous devenue depuis ?

A.D. : Beaucoup de choses, ça fait plus de 10 ans ! J’ai eu envie de faire des programmes qui ont plus de profondeurs, j’ai continué les captations de spectacles parce que j’aime ça et j’ai réalisé des documentaires ce qui me fait voyager dans le monde entier.

F-B.fr : Cette année l’émission va fêter ses 25 ans. Que pensez-vous de ce qu'elle est devenue ?

A.D. : Je ne la regarde plus depuis 2 ans en fait. J’ai tourné la page. Mais aussi par manque de temps pour faire ce que j’aime et ce à quoi je me consacre. J’ai vécu d’autres aventures merveilleuses alors celle de Fort Boyard s’efface un peu.
Fort Boyard a beaucoup marqué ma vie dans le sens aussi où quand mes filles étaient petites, il fallait en faire un l’été dans les maisons de vacances qu’on louait. On partait souvent entre mais dont certains travaillaient avec moi sur le fort. J’appelais d’autres amis pour être les personnages des épreuves. Je ne sais pas si beaucoup de Maman font ça l’été avec plein d’enfants. On en garde tous un grand souvenir.
Maintenant mes filles sont grandes, nous sommes toutes passées à autre chose. Mais je donne des cours dans des écoles de journalisme et de réalisation et les élèves aiment bien que je leur raconte comment on réalise ce genre d’émission.

F-B.fr : Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

A.D. : J’ai écrit plusieurs documentaires dont un sur les femmes avec une équipe de production que j’aime bien. Je vous en dirai plus dans quelques temps.
Sinon aujourd’hui, d’une manière générale, j’ai envie de transmettre, de raconter des histoires qui nous font avancer dans la vie. J’ai réalisé beaucoup de documentaires qui parlent du dépassement de soi, souvenir aussi de l’époque de Fort Boyard, j’avoue que c’est un sujet qui me parle beaucoup. Je suis moi même très sportive et le dépassement de soi vaut pour tout dans la vie surtout dans des périodes comme aujourd’hui.
Je viens de recevoir le prix de l’auteur réalisateur de la Sacem pour mes émissions de divertissements et musicales et justement j’ai dédié ce prix à mes 15 réalisatrices africaines avec qui je travaille en ce moment pour Canal+ pour leur dire de ne pas hésiter à se dépasser, à croire en leurs rêves.

F-B.fr : Pour conclure, avez-vous un quelconque message à faire passer à nos lecteurs ?

A.D. : On parlait du dépassement de soi et j’ai envie de rendre hommage à des gens comme Jacques Antoine (le créateur de Fort Boyard) à Marie France Brière qui avant d’en être la productrice a été en place à Antenne 2 pour croire à ce pari fou. Ces personnes ont donné le temps pour que cette émission trouve sa place. Voilà croire en ses rêves et leur donner le temps de se réaliser c’est quelque chose qui me semble très important, comme vous Thomas, de faire tout ce que vous faites autour de cette émission que vous aimez, ça se sent. Bravo aux gens passionnés qui conduisent leur rêve à la réalité.

 

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Informations

Réalisatrice de talent reconnue, Anne Dörr a réussi à s'imposer dans un milieu essentiellement masculin. Dès 1997, son nom s'ajoute à la liste des réalisateurs de Fort Boyard qu'elle dirigera 5 ans jusqu'en 2002.

Elle revient aujourd'hui avec gentillesse et sincérité sur son parcours boyardesque et sa vision de l'émission.

© Photos Anne Dörr - D.R.

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